2.9.07

Visitez le vide (emplacements à louer)

Réveillé tout drôle d’une sieste post-repas du dimanche en famille.

Tout mou. Tout sans rien. Tout vide.

Normalement, j’aurais réagi. Allumé la télé (mais je n’en ai plus) ou une cigarette de Canabols® (mais une célèbre psy écrivain le déconseille, paraît que ça rend schizo… comme si je ne l’étais pas déjà assez), entamé une chanson, une histoire ou un post.

Je serais peut-être allé voir des gens, aussi. Il doit me rester des copines, même si Princesse les regarde d’un œil courroucé.

Mais la vie avait un goût de laisse tomber, et je me sentais l’enthousiasme d’une limace sous un pneu de tracteur.

Ça m’arrive, vous savez. Je dirais même fréquemment, si je n’avais pas peur d’inquiéter ma mère. Dans ces moments-là, les histoires que vous vivez, les livres que vous avez écrits, les projets qui s’agitent dans votre tête, les perspectives d’avenir, ressemblent à une trace effacée dans le sable. Même pas dans le sable, d’ailleurs, ça fait trop plage. Dans un minuscule sillon de terre que la première pluie viendra emporter.

A quoi se raccrocher, alors ?

Les mains d’Anton et Zadig, leur regard concentré sur le monde, la magie de leur force ? Mais ils n’étaient pas là, et je suis parfois un père discutable. Trop emporté, pas assez patient.

Les yeux et la peau de Princesse ? Pauvre de moi, pauvre d’elle. Je préfère ne lui donner que des rayons de lumière ; l’ombre, à nous deux, on la connaît assez bien pour ne pas se la partager.

Et puis je vais vous dire : j’en étais assez content, de ce vide. Pas content comme dans « content de te voir », évidemment. Content dans le genre « Maintenant que t’es là, on va discuter un peu, tous les deux ».

Mon psy intérieur, fidèle au poste, s’est mis au boulot. Il m’a dit, les mains jointes sous son nez « Pien, pien, barlez-moi de fous…(on ne sait jamais s’il dit « vous » ou « fou », c’est pour ça que tous les vrais psys ont l’accent autrichien)… barlez-moi de ze zentiment de fide.. (pour « vide », je ne sais pas à quoi sert l’accent autrichien)… lé raddachez-vous à un zentiment de berde ? (« perte », en autrichien, c’est vous dire si on se fend la gueule avec lui) ».

J’ai répondu posément qu’au cas où il ne l’aurait pas remarqué, son cabinet tout entier, avec son fauteuil en cuir mité, son lampadaire poussiéreux, son divan qui sent la transpiration et sa photo de Jung accrochée au mur, flottait dans un vide sidéral qui rendait vaines toutes ses paroles, vide sidéral lui-même dérivant vaguement dans un coin de ma tête.

Il a été fexé. Drès fexé. Il est reparti s’occuper de ses rapports avec sa maman en maugréant quelque chose.

Je me suis donc retrouvé tout seul, avec mon vide rien qu’à moi.

Je l’ai regardé un peu mieux. C’est vrai qu’il est moche. Faudrait, je sais pas, des plantes vertes ou une fenêtre ou deux pour le rendre un peu plus habitable. Mais va-t’en expliquer ça au propriétaire…

Alors je me suis assis à mon bureau (qui curieusement n’avait pas bougé de place), et je me suis infligé une douce douleur : le travail.

Travailler une chanson, qui ne m’inspire pas plus que ça, mais dont je serai fier si j’arrive à en faire quelque chose ; taper une nouvelle qui traîne depuis des mois dans un carnet.

Ah oui, parce que grande nouvelle : à force d’être approximatif (quoique plein de qualités) dans mon travail alimentaire, j’ai fini par le perdre, ou tout comme.

Bien sûr, cela m’inquiète un peu, parce que je me demande comment je vais mettre de l’agneau dans mes kebabs pendant les prochains mois ; mais les habitudes sont faites pour être changées, n’est-il pas ? Et comme toute chose, c’est sans doute une opportunité (ji, en mandarin, que je pratique couramment depuis que j’ai passé mes vacances avec un chat chinois).

Bref, le seul boulot qu’il me reste, c’est de taper mes textes déjà écrits et d’essayer de les faire éditer. Pas facile, vu le marché ; mais il y a, à mon compte personnel, déjà plus d’un million de signes, soit… merci princesse pour le calcul… 666 pages non éditées (vous avez peur des chiffres, vous ?), et pas mal d’autres à venir. Alors, à part m’en dégoûter, qu’est-ce que je risque ?

Travail, donc. Mais pas pour lutter contre l’impression de vide. Pour l’accompagner. Pour la garder au coin de l’œil, et lui dire : bin oui, je sais que tu es là, et alors ? Est-ce que ça m’empêche de faire quoi que ce soit ? Est-ce que tu crois que je vais me laisser désarçonner par un drôle de goût dans ma bouche et une sale lumière dans mes yeux ? J’ai eu peur de toi, avant. Maintenant, qu’est-ce tu veux que je te dise ? Tu es comme l’air que je respire, le sang qui bat dans mes poumons (ah bon ?). Présent sans l’être. Inévitable. Vital.

OK, tu me laisses bosser, maintenant ? Papa a du boulot, tu sais…

Parce que la seule chose que je sache faire, c’est travailler. Je n’ai jamais supporté ces longs dimanches où la respiration du monde semble suspendue jusqu’au lendemain ; j’ai beaucoup de mal à ne rien faire – parfois je me force, à rester assis sans bouger, comme un enfant puni dans sa chambre ; mais même alors, je travaille : mon souffle, mon côté yogigourou (coucou), l’ordre du désordre de mes pensées…

Travailler, écrire. Moi qui pensais que c’étaient deux mots opposés.

(hé, c’est un peu le bordel, les transitions, en ce moment… pas pro, tout ça…)

Ecrire en doutant, en remettant même en cause les rares moments de satisfaction – ceux d’un nouveau livre édité, ceux d’un lecteur (préférentiellement une lectrice, allez savoir pourquoi) qui dit « je sens exactement les mêmes choses »… ouais bon, quand vous avez la grippe, je ne suis pas certain que ça vous fasse plaisir si quelqu’un d’autre vous dise qu’il l’a aussi, si ?

Mais écrire quand même. Un boulot totalement inutile, totalement gratuit. Et c’est ce qui fait tout son charme.

Et puis la journée se termine. Non sans une balade dans Toulouse. Non sans la peau douce de ma douce. Non sans un post censé faire rire.

Le vide est toujours là (avec un pot de fleurs planté au milieu, ça fait tout de suite plus habité. Je me demande si je ne vais pas aller faire un tour à Ikéa, voir s’il y a des patères ou des Ingström porte-cendrier en verre, 3,99 euros).

Avant, c’était un ennemi. Maintenant, c’est un allié. Pas un ami (pas encore ?). Mais quelque chose où je trouve, aussi, un peu de force pour continuer.

Bordel, il n’est même pas drôle, ce post… Demain, promis, je vous fais rire en vous racontant des trucs pas croyables qui nous sont arrivées cet été, avec Princesse.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

La solitude et le doute sont supportables quand on les sait éphémères(parfois je m'étonne)
J'ai commencé à lire Fairplay qui est quand même un livre pour les grands et j'ai beaucoup de mal avec les chapitres pair.Pourtant je suis unpére et pour l'être il ma fallu être pair.Donc être pére s'est être avec;et être un pére s'est être seul.
Je me colle des mots de têtes tout seul maintenant.Allez j'arrête de faire semblant de jouer avec la langue parce que seul s'est pas terrible.
INFO je travaille sur une série de photos qui s'appelera:"la solitude est un plat qui se mange seul".
Bizz YRF