27.11.09

778 - Indirectement


Ce matin, c'est dans l'encrier que ça se passe.

Des souvenirs de soirées entre amis.

Tiens, amis est l'anagramme de mais.

26.11.09

777 - Jeudi peu, mais...




... Jeudi bien.

Non, inutile de retourner sur ce lien musical - à moins bien sûr qu'il n'y ait un nouveau morceau, de nouvelles couleurs chatoyantes (enfin, une) et quelques photos...

Inutile de rêvasser à un autre morceau, à un scénario réutilisant les bases de ce roman bilingue refusé à l'époque, Secret Village...

Inutile d'attendre la confirmation de la répétition de cet après-midi avec Sister Grizzly...

Du travail. Du vrai. De la traduction pure et dure. Ah mais hein. Faudrait pas que.


Ill : Quelqu'un téléphone, ep

25.11.09

776 - Mercredi, tu n'oses (je ne déprime pas, je relie)


Petits nous disions (enfin, les autres disaient) mercredi au lieu de merde. C'était mignon.
Mercredi à celui qui lit ?

Ce matin tu n'oses
parler de cette visite à un cher sherpa
qui accepterait, primesautier, de t'aider à visiter ton côté sombre
(une balade dont tu te demandes si tu ressortiras vivant, ou, pire, intéressant pour toi-même)

Tu n'oses guère plus évoquer cette émission de radio live
Qui t'as forcé à te rendre compte que tu ne connaissais rien à la situation du Honduras
Et que tu n'y pouvais pas grand-chose
- ton sens de la révolte peut-être mort, idiotement

Tout au plus traînes-tu sur la page des statistiques
Espérant que ton ventre ou ton orgueil gonflent comme
Le nombre d'écoutes de compliments de remarques


Petit à petit tu apprends à tenir en laisse
Les doutes l'oeil qui voit l'avenir noir

Comme si tu te préparais à regarder le monstre
Que tu sais dans le miroir.


Ill : Quelqu'un offre son coeur, ep

24.11.09

775 - MArdi, je te raconte


C'était une hutte de rondins empilés, surmontée d'un toit de branchages, blottie dans une anfractuosité de la paroi rocheuse qui constituait, à l'est, un rempart naturel pour le village. Ornés de plumes, de serres d'oiseau, d'ossements de petits mammifères et d'autres objets étranges et magiques, une dizaine de mats de bois blanc marquaient l'entrée du territoire d'Iorg.
Rhol se glissa entre eux précautionneusement, prenant garde à ne pas les toucher ; leur bruit aurait sans nul doute donné l'alerte au Shorcier.
L'entrée de la hutte était masquée par une large peau de yevher sauvage ; du trou pratiqué au centre du toit, un mince filet de fumée s'élevait.
Rhol se força à rester immobile, attendant que les battements de son coeur se calment dans sa poitrine et que son souffle redevienne régulier. Il songea un instant à s'emparer d'un des crânes qui pendaient aux mâts ; devant les autres enfants, cela aurait pu constituer une preuve. Mais Rhol résista à cette tentation. Il avait promis de voler quelque chose dans la hutte d'Iorg, pas à l'extérieur.
Il s'accroupit, se fit le plus petit possible ; il souleva le coin de la peau de bête et passa la tête dans l'entrebaillement.



Ill : Quelqu'un surmonte, ep

23.11.09

774 - Dans le salon de nos cousins parisiens


Bon, nous autres, les Belges, Toulousains, Bourguignons, Bretons, Angevins, on parle normalement. C'est à peine si de temps à autre un accent sur nos langues rappelle nos origines (nous ne nous lasserons jamais, je pense, du stand des éditions Quadrature, bien plus beau que les nôtres).

Et puis parfois, nous nous retrouvons chez nos cousins parisiens. Eux parlent différemment. Pas vraiment normal. Un peu pointu, un peu métallique. Comme s'ils mâchaient en permanence un bout de tour Eiffel.

Alors, nous les écoutons.
C'est qu'ils parlent, vous savez.

Nous nous faisons petits. C'est qu'ils sont connus, eux - cela fait une différence. Je ne sais pas s'ils se connaissent, mais ils se reconnaissent.
Du coup, nous leur en sommes reconnaissants.

J'avais mes plus beaux sabots, ce samedi, au salon d'Ozoir-la-Ferrière. C'était peu pratique, à voir comment les organisateurs (en particulier Luc-Michel Fouassier et sa douce épouse) couraient en tous sens.

Pour ne pas les gêner, nous sommes restés assis, attendant que le peuple d'Ozoir-la-Ferrière vienne nous découvrir.

Ce qui se fit. Lentement, sans doute, au rythme des mini-mouvements de foule (nos cousins parisiens, quand ils sont nombreux, savent très bien faire une foule ; il faudra qu'on apprenne, un de ces jours) et au travers des écueils des nombreuses personnalités qui, malgré une épidémie de grippe fort mal venue, ponctuaient le salon ; mais nous avons eu quelques discussions avec des autochtones qui, mis à part cette histoire d'accent pas normal, étaient charmants.

- Ah vous êtes aveyronnais/bourguignon/corse/papou/belge ? Tiens, moi aussi, mon grand-père l'était. Et vous écrivez des livres ? Quelle idée étrange...

Quelle étrange idée, en effet. Des livres, il y en avait beaucoup (plus de 50 auteurs, précisait la sono qui agitait mes pavillons acoustiques) - même si du côté des miens, il n'y avait que Visitez le purgatoire, une proposition pas toujours agréable à entendre.

L'immense Georges Flipo (un cousin parisien) avait remporté le prix Ozoir'elles, et trustait, en toute logique, les files de visiteurs ; il faisait même un peu d'ombre à Yves Simon ou Véronique Genest, parrains de l'événement, qui, grands princes, l'ont félicité.

Le soir, nous avons traversé Ozoir en tout sens pour nous retrouver chez le cousin Luc-Michel, entre nouvellistes ; et là (était-ce la délicieuse cuisine de Valérie, la fin de la journée ou le cognac ?), nous nous sommes tous mis à parler normalement.

En repartant, dimanche matin, j'avais un petit goût métallique dans la bouche. La Tour Eiffel ?

PS : Du coup, j'ai envie de parler un peu de moi (aha ahahah), et de ces six titres intitulés Just for des mots, que vous pouvez entendre, voire écouter, ici...

Ill : Quelqu'un apparaît, ep

20.11.09

773 - Juste en passant


La maquette "Just for des mots" est terminée -sauf qu'on ne peut pas encore l'entendre sur le blog de LoFi, dont la plateforme a déclaré forfait. Mais bon, si vous y tenez, je vous l'envoie, pour goûter.

Madame l'Educ Nat semble prête à me libérer bientôt - et sous caution, en plus. Au boulot, donc !

Demain, je serai au salon d'Ozoir-la-ferrière, avec plein de gens connus et tout. Si vous êtes dans le coin, passez donc me claquer la bise...



Ill : Quelqu'un baigne, ep

19.11.09

772 - Le mot baiser, dis-tu


Le mot baiser, dis-tu, je me souviens
D'oreillers étouffants de douceur
De ricanements
Ils baisent, baiser la gueule,
je me souviens des mots de celle
At least you can fuck
Des olympiades de la sexualité,
du petit haussement d'épaule ;

Je me souviens de tes sourcils
Froncés au mot barbare
De ta colère quand,
De nos expériences

De ton sourire, demain,
Du mot qui renferme
Ou exprime, suivant les jours,
Quelque chose comme

L'intriqué de nos corps dans la lumière.


Ill : Quelqu'un cherche, ep

17.11.09

771 - Gérons nos angoisses par l'écriture


Inspir, expir.
Inspir, expir.
Zen.

Le coeur bat comme un gosse.

C'est allé vite. Beaucoup plus vite que je ne le pensais.
Ils m'ont appelé ce matin - la principale m'a lue la lettre des parents d'élèves.
Démagogie. Déconstruction. Anarchie.
Pas de programme. Improvisation.

Voix métallique dans le téléphone. Inquiétude. Gentillesse, tout de même.

Hier, les élèves ont testé leurs capacités à se situer dans l'espace, dans le temps, dans un cours. Il a été question de niveau sonore, de prise de parole, de liberté, de démocratie.
J'ai essayé de les amener doucement à des idées littéraires, à des projets qu'ils formuleraient eux-mêmes.
Ca a très bien marché : ce matin, le rectorat veut examiner d'urgence ma demande de démission.
Jusqu'où va la liberté d'un prof ? Suis-je réellement en train de me moquer d'eux, ou est-ce que pour la première fois de ma carrière d'enseignant, je tente une expérimentation pédagogique pour que les élèves construisent eux-mêmes leur savoir ?

Je me heurte aux "il faut" ; je me laisse flatter par cette phrase entendue hier, en partant du collège, "Lui, c'est le meilleur prof du monde".
Elle appelle aussi la phrase "C'est le pire enseignant que l'on connaisse".
Je ne pense pas au Cercle des poètes disparus.

L'inquiétude du futur trace son sillon dans mon ventre - pour une moisson à venir ?

Je ne dois pas détester déranger autant que je le crois.

Un jour, je raconterai comment, il y a quelques mois, je suis allé au rectorat, confier mes inquiétudes, mes questions sur le rôle de prof, les possibilités qui s'ouvraient à moi - et comment l'entrevue, dans un bureau sous les toits, n'a rien donné. Ah bin non on ne sait pas. C'est à vous de voir.

Je suis venu. J'ai vu.
Je ne suis pas encore certain qu'il y ait de vaincu, ni de victoire.
De quel combat parlions-nous ?

Je peux enseigner à écouter, à regarder, à lire. Je peux enseigner à écrire, à poser les bases d'une pensée. À distinguer des saillies dans la masse d'informations et de stimuli que les adolescents reçoivent chaque jour (infiniment plus nombreux que ceux que j'ai pu recevoir à leur âge). Je peux enseigner l'amour des livres et des mots.

Et pourtant mes jambes tremblent un peu, dans ma posture.

Inspir. Expir.
Apprécier l'instant.

Maman, j'ai peur d'aller à l'école. Mon cartable est trop lourd, les autres sont méchants, je m'accroche à mon enfance en la bourrant de coups de poing.

Je me sens parfois capable d'enseigner le doute à une montagne.
Est-ce que je faillis à ma mission, ou est-ce que je tente de la porter au plus loin ?

Inspir. Expir.
Une belle journée commence.


Illus : Quelqu'un écrit, ep

770 - MArdi, je te raconte


Grande Nuit était noire quand Rhol quitta le village. Sur le chemin qui menait à la cabane du Shorcier, son oeil exercé détectait le relief des pierres, les racines dissimulées dans la terre et les fourrés. Il entendait, tout près de lui, les mouvements précipités des créatures nocturnes qu'il dérangeait. Une fois ou deux, il lui sembla sentir une présence sournoise et menaçante, qui rôdait dans la forêt.
Il se forca à avancer plus vite ; la peur, c'était seulement la peur qui lui faisait entendre de drôles de choses. Et la peur était l'ennemie ultime : elle vous faisait tout voir, tout croire, tout craindre. Elle s'emparait de votre esprit comme une brume maléfique, et vous poussait à commettre des erreurs.
Plus d'une fois, Rhol faillit rebrousser chemin, et retourner dans la hutte de ses parents pour s'y rendormir en tremblant ; mais le souvenir du défi, du rire stupide de Ioris, l'aiguillonait et le poussait à continuer. Il ne voulait pas qu'au matin, les autres enfants se moquent de lui.

Au bout d'un temps qu'il ne comptait plus, il se trouva devant la cabane d'Iorg le Shorcier.


Ill : Quelqu'un adore, ep