13.10.18

1153 - Une conférence océanique

J'en reviens. Et je n'en reviens pas.
J'ai été invité au Salon du livre jeunesse de l'océan indien.

Coco ou pas coco
Il me faudrait, il me faudra, des pages et des pages pour te raconter en vrac l'accueil à la fois génial et simple, le lagon, les baleines, la sieste épuisé sur la plage, les routes belles à te faire changer de sous-vêtements, les rencontres, les enthousiasmes, les moments avec Elle et avec les autres, l'émerveillement tout simple et permanent ; mais d'abord - et je m'en excuse - j'ai promis de reproduire ici la conférence que j'ai donnée le samedi 6 octobre devant un public ravi d'au moins 5 personnes, et dont le titre... ouais, bon, voilà l'objet.

Comme toujours, c'est en faisant que je sais ce que je veux faire, et tout en lisant ce qui suit à voix haute devant le public en question, je me suis dit que ça pourrait être intéressant à condition de changer le milieu, la fin, le début, le propos et les personnages, mais va savoir, je tiens peut-être un truc.

Bref, ce fut ce qui suit.



Une conférence en environ 36000 signes sur un sujet important et grave quoique pas forcément sérieux

Par Manu Causse 

Je sais pas si ça compte dans le nombre de signes, « par Manu Causse ». Parce que je compte les signes. Le nombre de caractères.

Quand on m'a demandé de faire une conférence pour le salon du livre de jeunesse de l'océan indien, j'ai dit oui parce que je n'ai jamais fait de conférence. Je trouve ça super sérieux une conférence. Je ne suis pas sûr d'en avoir déjà vu une en entier, parce qu'en général je pars ou je m'endors au milieu. Mais j'ai lu des conférences, en particulier un livre d'Italo Calvino qui s'appelait Leçons américaines, où il exposait six principes de littérature pour le 21e siècle. Allez savoir pourquoi je n'ai retenu que la légèreté.

J'ai beaucoup lu ces leçons américaines à l'époque où je rêvais de devenir écrivain sans savoir comment faire. Et donc quand on m'a demandé sur quel sujet je voulais faire une conférence, j'ai répondu euuuh.

Je ne sais pas si Calvino a fait une conférence sur l'indécision. Il aurait pu. Ou pas.

Alors j'ai proposé un atelier sur l'écriture du handicap, rapport au roman les Cœurs Tordus, prix paille-en-queue dans la catégorie 5e-4e. Mais il a été annulé, et de toute façon le livre n’a pas trouvé son chemin jusqu’aux tables du salon. Et aussi une sorte de réflexion ou de « master class » intitulée De l'autofiction à la fiction de soi, rassembler ses morceaux. J'avais l'intention de parler d'Oublier mon père, mon dernier roman adulte, en expliquant comment j'avais rassemblé des fragments de ma vie pour raconter celle d'un autre, et peut-être ouvrir vers une réflexion sur l'écriture, façon Italo Calvino en moins érudit.
Mais le sort s'en est mêlé et sur le programme du salon, il y a écrit « L'enjeu politique de la littérature jeunesse ». Sujet passionnant, certes, mais qui sera traité ici demain par ma copine Alice Briere Haquet et sur lequel je me sens aussi légitime que, mettons, sur le surf réunionnais ou la vie amoureuse du paille en queue. Quant au roman Oublier mon père, il n’a pas lui non plus eu la chance de parvenir à La Réunion. Ca va être compliqué. Toutefois, on m'a invité et accueilli ici avec tant d'amabilité que je m'en voudrais de ne pas obliger mes hôtes ; aussi cette conférence tentera de traiter, en désormais environ 34000 signes, de l'impact politique du rassemblement du moi sur la littérature à travers les âges et les genres. Ou quelque chose comme ça. 

Quand j'ai demandé à mon amie Clémentine Beauvais, autrice et conférencière, quelle longueur devait faire une conférence d'une heure et quel était le secret de sa réussite, elle m'a répondu "une heure" et "mon talent, banane". Après éclaircissement de mes questions – combien de mots devait contenir une conférence d’une heure et quelle était le secret pour réussir ladite conférence - elle m'a précisé qu'on lit environ 100 mots, soit 600 signes, à la minute - et donc que ma conférence devait mesurer approximativement 36000 caractères. Elle m’a aussi assuré que la condition pour réussir une conférence est de poser une bonne problématique. Commençons donc par ce point, et je me hâte de poser ma problématique : pourquoi ?
J’en profite pour préciser que mon épouse et autrice préférée Emmanuelle Urien m’a proposé comme problématique alternative « Qu’est-ce que l’auteur met-il de lui dans son personnage, et peut-il en mettre moins dans un adulte que dans un enfant ? » mais cette problématique a été jugée contraire aux bonnes mœurs et à l’intérêt général. J’en reviens donc à « pourquoi ».
Pourquoi... Pourquoi un adulte ou presque se retrouve un matin d’octobre à La Réunion, à lutter contre des assauts de moustique tigre en attendant l'arrivée d'une hypothétique classe de 6ème pour une rencontre, et pourquoi cet adulte décide-t-il de remplir le vide en tapant des mots sur son clavier de portable - admirez toutefois la prouesse technologique, quand on pense que Calvino tapait tout à la machine, j'ai envie de dire un peu d'humilité monsieur Calvino, vous avez peut-être plus de choses que moi à dire de la littérature mais moi je tape avec deux pouces.
Et corollaire de cette problématique, pourquoi un lecteur, en particulier un lecteur réunionnais à qui l'île offre des possibilités de loisir et de détente aussi riches et variés que, dans le désordre, le surf le parapente la randonnée le rougail entre amis la visite de Chelonia ou du cirque de Mafate, pourquoi ce lecteur sursaturé de sollicitations systématiques se soucierait-il des écrits fréquemment autocentrés d'un métro entre deux âges, bref, pourquoi sommes-nous ici, vous et moi ?

Il faudra que je demande à Clémentine si ma problématique est suffisamment problématique mais, pour l'instant, nous voilà dans le vif du sujet. J'en profite pour ouvrir notre première partie, Le Sujet, sa vie, son œuvre.

I)             Le sujet sa vie son œuvre

Je m’apprêtais donc à me lancer dans une longue dissertation sur ce thème quand je fus successivement interrompu par deux groupes de collégiens venus me poser des questions sur le métier d’auteur, puis par un rougail-saucisse en barquette accompagné de sa dodo endémique de l’île, suivi d’un bain dans l’océan indien, mon tout premier d’ailleurs. Et, je dois le dire : elle était bonne.
Après cet interlude, je me suis retrouvé dans ma chambre d’hôtel à chercher un peu de connexion et beaucoup d’inspiration.
C’est d’ailleurs la première question que posent les élèves, que l’on soit à Saint Leu ou à Saint Pons (dans l’Hérault, mais peu importe) : d’où vous vient votre inspiration ?
Avant de répondre à cette interrogation somme toute légitime, je me suis fait la remarque que les élèves et les enfants en général commencent leur question par « Comment », « Où » ou « pourquoi » alors que la plupart des adultes – et moi le premier – commencent toujours leur question à la suite d’une conférence par « Ne trouvez-vous pas que », ce qui est une façon de donner un avis qu’en général on ne vous demande pas sur un sujet qui en général n’intéresse personne, et surtout pas l’interlocuteur à qui vous posez votre question.
L’autre remarque que je me fais, c’est que le plus difficile quand on écrit c’est de ne pas s’écouter écrire et que franchement quand on prépare une conférence depuis sa chambre d’hôtel qui donne sur la baie de St Gilles c’est vachement difficile de ne pas se brancher en pilote automatique pour faire des phrases qui ronflent toute seule et produisent un nombre de signes suffisant pour impressionner l’auditoire ou l’endormir c’est selon et surtout permettent de s’éloigner tout en douceur de ce qui nous concerne à savoir le sujet. Ouf, bientôt 6000 signes, si j’ai bien compté ça fait dix minutes que nous avons commencé cette conférence et je n’ai pas encore dit la moindre chose intéressante sur le thème, mais si vous me le permettez, je vais boire une gorgée d’eau avec un air pénétré pour vous laisser le temps d’apprécier le silence, avant d’hocher la tête et de reprendre ma lecture.
BOIRE/SURVEILLER LE TEMPS
Le sujet, sa vie son œuvre, donc. Quand un élève me demande « où trouvez-vous le sujet de vos romans ? », ou quand un adulte me demande « ne pensez-vous pas qu’au fond, le sujet du livre est toujours l’auteur lui-même ? », je réponds… Je réponds « ah bin si » à l’adulte et « au fond je pense que le sujet du livre est toujours l’auteur lui-même » à l’élève – en remerciant ce dernier pour me laisser la place de me sentir plus intelligent que lui.

Tout roman – et même pour aller plus loin toute œuvre, toute production artistique – n’est-il au fond qu’une sorte de selfie sur fond de plage paradisiaque – ou, suivant l’époque et l’intention, sur fond de mine de charbon dans le nord, de bas-fonds de Paris en plein cœur du XIXe siècle ou d’étude où nous nous trouvions quand le proviseur entra suivi d’un nouveau qui – je m’interromps une seconde pour rassurer nos plus jeunes auditeurs, c’est le seul moment où je fais étalage de ma culture littéraire parce qu’en fait elle s’arrête là.
Mais, oui, quand j’y réfléchis, je me dis qu’au fond Balzac est sans doute le protagoniste principal de la Comédie humaine – qu’Eugénie Grandet, Ferragus ou Le lys dans la vallée, ne sont pas en fait très éloignés des albums jeunesse façon Martine, avec Honoré et le vieux rapiat, Honoré et les brigands et Honoré est amoureux. Décrire les états d’âme d’un personnage, voire d’une société, c’est peut-être d’abord une façon de se dire, en ombre plus ou moins chinoise.
Dire le monde, est-ce se dire ? Se dire, est-ce se réparer ? Se réparer, est-ce tenter de réparer le monde ? Ce sont là d’excellentes questions, et si un adulte me les posait en commençant par « ne croyez-vous pas que », je répondrais certainement par « ah bin si, sans doute ». Ce qui permettrait à l’adulte en question de dire qu’il est, ça tombe bien, tout à fait d’accord avec ma vision de la littérature, et je me lèverais sous les bravos après avoir invité toute l’assistance à me retrouver pour boire un verre après la conférence.
Au lieu de ça, c’est en discutant avec des élèves de 4e du Tampon que j’ai fini, grâce à leurs questions, par formuler un truc du genre « ah mais au fond la lecture, les romans, et l’expression artistique en général, c’est une façon d’enrichir sa palette d’émotions et de mieux se comprendre soi-même, de comprendre l’autre et le monde ». Pour vous, public averti, cela n’a rien d’une révélation, mais j’ai eu l’impression de prononcer des paroles intelligentes devant cette classe de quatrième et vu que ça m’arrive rarement je vous en fais profiter.
BOIRE
Et je vous refais le coup de l’air pénétré, d’autant plus que j’avais un peu soif.
Arrivé à ce point de ma conférence sur l’impact politique du moi de la jeunesse dans la littérature du morceau, force m’est de constater que je n’ai pas encore utilisé l’expression force m’est de constater et que je me suis perdu dans mes pages, aussi j’interromps cette écriture le temps d’insérer le numéro de page en bas de mes pages et de recompter pour la trentième fois le nombre de signes, 8800 et des brouettes, presque le quart, on tient le bon bout les gars.
TOUSSOTER
Je m’étais marqué de toussoter pour réveiller les dormeurs éventuels et repartir sur un bon pied dans cette première partie qui a tendance je le crains à tourner en rond. Parce que justement : si écrire sur le monde, c’est écrire sur soi, l’auteur n’est-il pas en permanence menacé par la tendance à comme on dit faire du petit vélo autour de son nombril ?
J’ai écrit mon premier texte à 30 ans et quelques ; il racontait l’histoire d’un type qui vit une histoire d’amour tellement dingue qu’elle remet tout en question dans sa vie. Vous allez rire, mais je vivais justement à ce moment-là une histoire d’amour tellement dingue qu’elle remettait tout en question dans ma vie. Tout se passe donc comme si de La Comédie humaine au Petit guide des transports à l’usage du trentenaire amoureux (il n’y a que dans une conférence que je donne que je peux me permettre de citer le titre de mon premier recueil de nouvelles à côté des œuvres de Balzac, pardon pour ce moment d’autosatisfation) tout se passe comme si en évoluant de la fiction à l’autofiction, le roman s’était débarrassé de l’hypocrisie qui consistait à dire « je parle de l’autre » pour se recentrer sur sa mission première : parler de soi.
Mais.
Car il y a un mais.
L’année dernière, en lisant La serpe de Philippe Jaenada – je suis désolé, je ne sais pas bien prononcer son nom, c’est comme pour le jaracanda, cet arbre magnifique qui s’appelle en réalité jacaranda – en lisant La serpe, donc, je me suis dit « ah la vache comme j’aurais aimé écrire ça, moi ». Parce que dans la serpe, l’autofiction – l’histoire d’un écrivain qui se lance dans une enquête – est le point de départ d’une quête de la vérité qui ne concerne absolument pas l’auteur et son personnage, mais qui concerne un autre auteur, lui-même accusé de meurtre, qui se révèle être un sacré personnage ; et au-delà, l’auteur montre comment la forme d’un récit affecte le jugement du lecteur, tout comme la plaidoirie d’un avocat transforme le regard du jury sur le coupable – ou la victime. Pas la peine d’analyser le fonctionnement des « alternative truth » ou les discours politiques où chaque affirmation est contredite par la suivante : dans ce roman, l’autofiction devient fiction en auto (une Opel de location, pour être précis) et la fiction se fixe pour mission rien moins que la réalité ; l’écrivain est là pour rétablir la vérité, pour redéfinir, réécrire le réel ; son parcours, sa découverte, devient une mise en abyme du monde lui-même, où l’auteur, de sujet, devient objet de la fiction.
Vous m’objecterez que je viens d’établir un raccourci tout sauf scientifique et une confusion entre auteur, écrivain, sujet et même narrateur ; et je vous répondrais que, sans doute, mais c’est ma conférence et je fais ce que je veux, d’abord. Mais c’est bien tout le problème : quand on écrit, il y a toujours quelqu’un – époux, parent, collègue, éditeur, libraire, voire lecteur – pour vous faire remarque vos contradictions, vos approximations et vos erreurs. C’est même le drame de cette profession, on n’est jamais tranquille : il faut toujours penser à ce que pensera le lecteur.
Et donc, si le sujet du livre est toujours l’auteur, il me semble assez évident qu’il est en même temps – et par un retournement diabolique digne d’une excellente problématique – le lecteur. Je sais, cette phrase est limite incompréhensible mais à l’écrit ça passait crème, bref, le sujet du livre n’est pas seulement l’auteur, mais il est aussi le lecteur.
On aborde les 14000 signes, il est temps de refermer cette première partie. Je bois un coup d’eau et je vous parle de mon copain Seb qui vend des panneaux de béton.



I)             Mon copain Seb vend des panneaux de béton ou : le lecteur, mais qu’est-ce qu’il veut celui-là ?

Avec un rapide calcul, je me rends compte que ma première partie était un tout petit peu courte, à peine 7000 signes et du coup on va finir à moins de 30000 signes en conclusion, aussi je me propose de faire diversion quelques instants pour remplacer des mots par du silence (SE TAIRE). Au début, j’avais pensé boire un coup, mais à force de faire des effets j’ai peur de devoir me lever avant la fin de la conférence et ça, je sais que ça ne fait pas sérieux.
Vous avez lu mes livres ? Vous avez de la chance. Non, parce qu’apparemment il y a eu comme un problème et vous ne pourrez pas les trouver à la librairie – et je ne sais pas si Amazon livre à la Réunion, mais sinon je m’engage à vous les ramener sous peu en container. Mais de toute façon, ça n’a pas grande importance : vous n’êtes pas les seuls. Un auteur qui vend bien touche, allez, à la louche, 60000 personnes, et mon éditrice jeunesse était ravie que Nos cœurs tordus ait atteint les 6000 exemplaires. Quand on pense que ça représente respectivement moins de 1% et de 0,1% de la population française, bin, ça calme. Et même si je vendais 843 617 exemplaires de mes livres, soit un par réunionnais, ça ferait… ça ferait que je reviendrais plus souvent vous voir, bref, à vous de voir. Ce qui m’intéresse ici, c’est qu’il y a, et qu’il y aura quoi qu’on fasse, beaucoup plus de gens qui ne lisent pas mes livres que de gens qui les.
(Ouais, j’ai pas fini cette phrase, parce que grammaticalement je trouve qu’on comprend très).
Et pour parler du lecteur, donc, normalement, mon copain Seb, qui vend des panneaux de béton, ne lis pas mes bouquins. Attention, il aime bien bouquiner, il s’intéresse à plein de trucs, on a des conversations passionnantes, mais bon, 600 bouquins paraissent à chaque rentrée littéraire, il doit en lire un ou deux par mois quand il n’a pas trop de mémos et de docs techniques à parcourir, bref, il a mieux à faire qu’à tenter de savoir ce qui se passe dans ma tête ou dans mes pages.
C’est pour ça que je lui ai confié les épreuves de mon dernier roman adulte, Oublier mon père, dont à l’heure où j’écris cette conférence j’ignore encore la disponibilité sur ce salon, et vu que c’était au départ un tout petit peu le sujet du truc vous imaginez que je ne me sens pas super à l’aise. Bref, mon roman terminé, mon Seb qui vend des panneaux de béton, et paf moi qui lui dis « Oh dis tiens Seb ça te dit de lire mon prochain roman pour me dire ce que tu en penses ? »
S’il reste des aspirants écrivains dans le public, notez qu’en Français la répétition passe mal et que donc il ne vaut mieux pas écrire la phrase qui précède. Mais c’est vraiment ce que je lui ai dit.
Il m’a répondu « ça dépend, qu’est-ce que tu penses des panneaux de béton ? »
Je lui ai répondu « Je sais que Ces dernières années, notamment sous la pression des exigences croissantes en matière de résistance au feu, la société pour laquelle tu travailles a fortement investi dans le développement de processus et de produits et est responsable d’un certain nombre de développements significatifs dans le domaine des mousses expansées anti-incendie. Sur la base des résultats de ce développement continu de produits, l’organisation de vente néerlandaise a créé une gamme de produits qui s’adapte strictement aux réglementations néerlandaises très spécifiques en matière de construction. »
Il m’a répondu « Tu as trouvé ça sur internet ? » et j’ai dit « Oui, ça me fait toujours 600 signes en plus ».
Alors il m’a dit, « Mais ça tu l’as inventé, non ? Cette conversation qu’on est censés avoir toi et moi ? » J’ai dit oui. Ce qui était courageux de ma part, parce que ça reconnaissait que cette deuxième question elle-même était une pure invention ; et de fil en aiguille, cela pouvait remettre en question l’existence de mon copain Seb.
Toutefois, Seb existe, je l’ai rencontré ; et je lui ai vraiment demandé de lire mon dernier roman justement pour avoir l’opinion d’un lecteur homme (la plupart des lecteurs sont des lectrices) et peu spécialisé (il semblerait de façon empirique que les ouvrages les plus vendus sont ceux qui touchent les lecteurs peu spécialisés, et je me demandais donc de façon très commerciale si je pouvais toucher mon copain Seb).
Merci de ne pas noter la phrase précédente dans le compte-rendu de la conférence.
Et donc, après avoir lu la première version d’Oublier mon père, Seb m’a dit : « Ah la vache, ça m’a complètement rappelé mon enfance. »
- Euh, quoi, Seb ? Tu as grandi dans l’Aveyron ?
- Non, dans le Périgord, mais quand même.
- Et ton père est mort quand tu étais petit ? Et ta mère te mentait et te frappait ?
- Non, non, mais quand même. Au fait, je te plains, ça a pas dû être facile avec ta mère.
Et on y était. On était dans le cœur du sujet – enfin, dans le cœur du lecteur, de par le fait. Dans le cœur partagé entre Seb et moi. Et dans le cœur d’Alexandre, aussi.
Alexandre, c’est un personnage. Un personnage qui pourrait être le sujet de mon roman Oublier mon père, ou son objet, je n’en sais rien, on n’en est plus là. La seule chose dont je suis sûr, c’est que je ne suis pas Alexandre. Si vous achetez le livre, ou si vous le commandez par container via l’île Maurice, vous verrez qu’il se termine par la mention « aucune mère n’a été maltraitée pendant la fabrication de ce roman ». Ou un truc comme ça, mais une chose est claire : l’histoire d’Alexandre, de sa mère et de ses femmes toxiques, n’est pas la mienne.
Même s’il m’a piqué plein de trucs.
Mon père avait un camion rouge. Il faisait du ski de fond, il rêvait de courir la vasaloppett. Il a vécu en Aveyron. Il est mort. Un jour, je suis allé à Tarbes. Et en Suède. Dans le Gers, j’ai visité une maison où j’ai cru entendre les fantômes de deux petits enfants. Je m’intéresse à la photo, en particulier depuis que j’ai traduit quelques bouquins dans le domaine.
Tous ces trucs, Alexandre me les a piqués. Sans rien me demander ou presque. Et c’est tous ces trucs que Seb – mon copain qui vend des plaques de béton – trouvaient si proches de sa vie, de son expérience. C’est presque comme si le personnage incarnait une expérience de vie de l’auteur où le lecteur se retrouve ; c’est presque comme si l’auteur et le lecteur se retrouvaient dans le personnage.
C’est bête, j’aurais dû préciser que j’avais connu Seb en jouant au rugby, ça m’aurait permis de faire des jeux de mots avec « terrain d’entente » ou même « se faire la passe ». Sauf qu’il jouait 9 et moi devant, je n’ai pas souvenir de lui avoir fait une passe en dix ans sous le même maillot. Donc, pas de regret de ce côté-là. Mais, voilà : le personnage, ou le sujet, ou le livre, semble être un lieu de rencontre entre auteur et lecteur.
Ma copine Clémentine parle d’auteur induit : la représentation que le lecteur se fait du type – ou de la typesse, donc – qui raconte toutes ces jolies choses. La notion est plutôt utilisée, apparemment, du côté des universitaires anglais, mais je trouvais qu’en parler dans une conférence faisait style, alors je l’ai casé. Quoi qu’il en soit, avec mon pote Seb, pas besoin d’auteur induit – ou alors juste pour induire les panneaux de béton.
Je vais boire pour laisser passer ce déplorable jeu de mots.
BOIRE
Bref, Seb ne s’imaginait pas que j’étais le personnage, puisqu’il me connaît ; mais ce qu’il aimait dans le roman, c’était s’y reconnaître, et plus précisément de nous y reconnaître. De trouver une part d’humanité commune, une ressemblance, une vraisemblance – une semblance, pour faire court ; et c’est sans doute ce qu’il cherche dans un roman. Même si là, il était obligé d’aimer, sinon j’aurais arrêté de lui parler.
A ce moment de la conférence, comme prévu, je patine dans la semoule, ça me semble à la fois interminable et creux, un ramassis de poncifs qui ne vaut pas le mal que je me donne et je vérifie furieusement l’heure et ma boîte mail afin de trouver un prétexte pour tout laisser en plan.
C’est marrant, parce que ça ressemble vachement au processus d’écriture d’un roman. Maintenant que j’ai vérifié de quoi parlaient les Leçons américaines de Calvino, et qu’Internet m’a appris qu’il s’agissait de six principes de littérature pour lutter contre l’inconsistance, je me dis qu’effectivement, l’auteur doit lutter en permanence contre une double inconsistance : l’inconsistance du lecteur prompt à fuir le livre pour s’immerger dans la vulgarité du monde réel, et sa propre inconsistance d’autrice ou auteur, qui à force de se raconter des histoires ne sait plus ce qu’il raconte de lui.
Je me permets d’attirer votre attention sur le front de mer, derrière vous, où une baleine est en train de gracieusement danser – oooh, une baleine !!!!
Hélas, le lecteur moderne est exigeant, il ne tombe plus dans les trucs éculés de détournement de l’attention. Et la tâche de l’auteur, Sisyphe moderne, est donc de conserver sans cesse l’attention de son lecteur, de l’emmener par des chemins touffus dans des buts à peine avouables.
Il existe pour cela bien des subterfuges, qu’on peut nommer style, personnages, thème, sujet, dialogue, mais j’aime par-dessus tout ce mot, intrigue – à la fois éveil de la curiosité et complot, plot en anglais, pour garder le lecteur prisonnier du labyrinthe du livre. Et, oui, il est possible – c’est ce que je me dis les jours de déprime – que la littérature ne soit rien d’autre qu’un passe-temps, un jeu sophistiqué de l’esprit que le lecteur achète à l’auteur pour ne pas souffrir de son propre vide.
Je rappelle que j’ai commencé à taper cette conférence en attendant l’arrivée d’une classe de sixième qui apparemment disparut corps et biens ; que mon pote Seb est en ce moment du côté de Toulouse à regarder sans doute un match à la télé, et qu’il se fiche éperdument de ce que j’écris ou dis (en revanche, les photos depuis la plage le font râler, ça c’est marrant). Bref, je vous le dis crûment : il est possible que les libres, la littérature, le grand bazar des intrigues, des auteurs, des personnages et des histoires ne soit qu’un miroir aux alouettes – un miroir aux paille-en-queue plus précisément – une tentative absurde pour masquer l’absurdité profonde de la condition humaine.
Faut que j’arrête la Dodo, ça me déprime vite. Toutefois, il faut l’admettre : la plupart du temps, en tant que personne comme en tant qu’auteur, je me demande ce que je fais là.
Là, ici, à la Réunion ; mais là aussi dans la vie, dans mes rôles d’homme, d’écrivain, de mari, de père, de fils, d’amoureux, de citoyen, d’artiste, tous ces éclats de rôles qui ne constituent jamais un tout. C’est peut-être pour ça que j’écris, d’ailleurs, y compris cette conférence : faire taire ce concert de voix discordantes, et écouter la voix unique du roman, du personnage, du sujet. C’est peut-être aussi pour ça que je lis, que je ne prends jamais autant de plaisir à la lecture que quand elle me fait oublier tout le reste.
Et au fond : lire, écrire, ne serait-ce pas tenter de savoir ce qu’on fait là ?
En fait, à cet instant critique de ma conférence, où je me rends cruellement compte que j’ai très envie de m’endormir moi-même, je me dis que le lecteur n’existe pas, pas plus que l’auteur, pas plus que le personnage ; ce qui existe, c’est le livre, où se rencontrent les imaginaires des uns et des autres, de la société et de ses membres ; ce qui existe, c’est cette étrange interface émotionnelle où par les destins et les trajectoires d’êtres de fiction chacun tente de construire un sens à sa propre existence.
On fait des salons du livre, pas des salons des auteurs, pas des salons des lecteurs, pas des salons du personnage ; et c’est tant mieux, parce que ça n’intéresserait sans doute personne.
Les panneaux de béton de Seb servent à isoler et protéger ; il est possible que le livre protège, mais je ne crois pas qu’il isole, même sur une île (oui, parce qu’étymologiquement, l’île, c’est isola/insula, ce qui est isolé) ; au contraire, le livre, débarrassé en particulier de l’égo envahissant de son auteur, ainsi que des exigences impossibles de son lecteur, est le lieu d’une rencontre, un terrain partagé de l’humain, voire de l’humanité. Ecrire, c’est donner une voix à des émotions conflictuelles ; lire, c’est chercher les mots qui définissent nos émotions pour vivre celles-ci plus pleinement.
Voilà pourquoi, à la suite de cette deuxième partie, et pour laisser un peu notre ami Seb qui a des panneaux de béton à vendre, je vous propose de nous pencher un peu sur les émotions.

III) Le livre comme instant d’émotion

En abordant cette troisième et dernière partie, j’ai d’abord envie de poser la question : koman ilé ? C’est une très bonne question.
En vrai, j’ai toujours trouvé pénibles les gens qui ont des réponses. Même Italo Calvino, dont pourtant j’adore les œuvres – au fond, le type qui explique que la légèreté et la complexité sont nécessaires à l’élaboration d’une œuvre au XXIe siècle, qu’est-ce qu’il en sait ? Et Zola, qu’est-ce qu’il y connaît à la souffrance de l’ouvrier dans la mine, Stendhal à l’amour ? Qu’est-ce que j’y connais, personnellement, à la souffrance de l’adolescent – je n’ai été ado que le temps strictement nécessaire, pour devenir très vite prof. Remarque, prof, c’est bien pour faire souffrir les ados.
Bref, les réponses m’ennuient ; je préfère les questions. Pas les questions qui commencent par « ne pensez-vous pas que… » Les questions en suspens. Les silences. Les phrases qui ne se.
En écriture, j’ai commencé par le silence. Alors, c’était compliqué : j’ai écrit mon premier texte, le premier dont je me souvienne, sur la mort. Mon côté fun.
J’ai raconté dans le journal de l’école la mort de mon grand-père, celle qui me nouait la gorge, l’histoire de l’homme qui se blessa accidentellement dans la vigne et mourut seul face au ciel.
Le directeur de l’école trouvait l’histoire très belle, et ma mère aussi, je suppose. Moi je la trouvais juste très triste – et je me suis dit qu’être écrivain, c’était recevoir les honneurs qui vont avec le récit d’une histoire très juste, très triste et très belle.
Quinze ans plus tard une conversation sans importance m’a révélé que, au fait, mon grand-père ne s’était pas blessé dans la vigne ; il s’était suicidé.
J’ai découvert que le monde peut se renverser. C’était aussi simple que ça : soudain, tout le réel qu’on s’est construit se révèle faussé, gauchi. Soudain on se rend compte qu’il n’y a pas de monde, il n’y a que les récits qu’on nous en donne.
Ca a sans doute joué un peu dans ma future carrière, cette prise de conscience, même s’il a fallu de nouveau plus de quinze ans avant que les mots jaillissent. En tout cas, c’est devenu le sujet d’une nouvelle, puis d’un roman – L’eau des rêves, que vous trouverez à la boutique souvenir, à la sortie du musée, et qui s’est écrit plus ou moins en dépit de moi, d’abord sous la forme d’un storyboard puis d’un roman qui tentait de décrire les dessins en question. Bref, j’ai regardé ce roman s’écrire – puisque nous sommes en petit comité, je peux avouer que j’ai encouragé cette distance au moi écrivant par l’usage de produits plus ou moins licites ; et que le résultat, pour déroutant qu’il soit, me donne l’impression d’avoir accouché d’un livre qui n’était pas moi tout en l’étant, d’avoir expulsé une partie de mon histoire dont je ne voulais plus. En relisant les première pages du bouquin, hier sur mon stand, j’avoue que j’ai pensé : « Ah ouais quand même ». Six ans après sa publication – j’aurais dit douze, ou vingt, ou cent – je retrouve cette souffrance sortie de moi, cette colère, cette volonté de tout vider dans l’écriture.
J’ai donc commencé à écrire par rapport à ces renversements du monde ; un roman pour moi accompagne le passage d’un état à un autre, ou le produit, ou l’accélère.
Mais une fois passé l’effet cathartique, une fois purgées les émotions, le mauvais sang en quelque sorte, que reste-t-il à l’écrivain ? Doit-il continuer à creuser l’émotion, la scène initiale, le trauma plus ou moins refoulé qui a donné naissance à l’œuvre ? En d’autres termes, jusqu’où pousser l’autofiction ?
Il fut un temps où je pensais que ma vie se devait d’être trépidante pour avoir de la matière à raconter ; il fut un temps où je m’agitais sans cesse, où je me secouais de haut en bas comme une bouteille d’orangina pour trouver quelque chose à dire au fond de moi ; j’ai arrêté. J’ai trop mal partout pour que les cahots, quels qu’en soient l’orthographe, me soient agréables.
Il me semble désormais que le traumatisme est épuisable et que l’écriture comme réparation a ses limites, pour l’auteur comme pour son lecteur. Et il faut bien avouer que j’aurais mauvaise grâce à parler de douleur et de souffrance assis dans ce cadre proprement paradisiaque.
Mais alors, si ce n’est ma vie, qu’est-ce que je vais raconter ? me suis-je dit au moment d’entamer l’écriture de mon dernier roman adulte, Oublier mon père. Si je ne connais du monde que les émotions qu’il me procure, si je ne le saisis que par les histoires que je m’en raconte, et si le lecteur, de son côté, attend de moi que je lui tende des questions sur son propre entendement, de quoi vais-je bien pouvoir lui parler ?
La psychologue Lisa Feldman Barrett écrit que nous ne sommes pas à la merci de nos émotions, qu’elles ne sont pas des réactions instinctives et incontournables. Selon elle, c’est notre cerveau qui crée les émotions dans la perspective de nous aider à appréhender le monde. Elle prend l’exemple d’émotions qui n’existent que dans certains pays, dans certaines langues – de mots qui désignent des émotions que nous ne connaissons pas forcément. C’est l’idée de hygge danois – la chaleur paisible et confortable de l’amitié ; c’est aussi, peut-être, la réponse créole à la question koman il lé – léla, lélamême : ici, aller bien, c’est juste être là. Le métro va, il va bien, il gaze – il file, quoi – le réunionnais est ici, et ça lui suffit. Et le livre, alors, le roman en particulier, est peut-être justement ça : la formulation d’émotions complexes qui permettent au lecteur comme à l’auteur de faire le point sur son propre état du monde.
A la question d’un élève de 5e, qui ne commençait pas par « ne pensez-vous pas… », j’ai répondu (sans vraiment savoir si je répondais à sa question) que le roman est l’élaboration individuelle d’une histoire collective. Je crois que je voulais vaguement parler de la nécessité vitale du récit comme lieu de connaissance et de reconnaissance ; que c’est par l’écriture plus que par tout autre moyen qu’on parvient à explorer le monde et à partager cette exploration.
On est partis loin, là ; normalement, il faudrait au moins un bon exemple pour 1) tester la validité de cette théorie et 2) me prouver à moi-même que je ne raconte pas n’importe quoi.
Le monde selon Garp. C’est sans doute un des romans que j’ai le plus lu. Je me rends compte que j’ignore tout des rapports de John Irving avec son père ; je me rends compte que je ne sais rien de son point de vue sur ce qu’on nomme le genre, la transsexualité ; il faudrait que je cherche sur wiki pour savoir si Irving a perdu un fils comme il le raconte dans cette scène atroce de la voiture – mais moi lecteur, moi adolescent imaginant le monde qui s’ouvrait à moi, je savais, je sentais, je comprenais qu’il y aurait des luttes, des deuils, des infidélités, des pannes de cœur et de sexe, des hauts et des bas, des lâchetés et des moments de grâce ; j’avais envie d’être Garp, sa mère, sa femme, ses enfants ; je vivais par procuration sa première nuit d’amour, sa victoire sur le chien Bonkers et la famille Percy aux cheveux blonds ; et vous voyez, en écrivant ces lignes, je retrouve en moi les émotions convoquées par cette lecture, pas seulement comme des scènes, mais comme des gammes émotionnelles que j’applique sans cesse à ma vie. Je me méfie des familles parfaites, des chiens méchants, des femmes silencieuses – même si j’ai très peu connu des unes et des autres, au fond. Bref, le monde selon Garp m’a fourni une palette d’émotions qui m’ont permis de lire et comprendre le monde, de considérer qu’un footballeur américain peut devenir une femme pleine de charme et que la disparition ou l’absence d’un père peuvent constituer à la fois une blessure et un tremplin. Bref, je dois tout non pas à John Irving mais aux livres qui m’ont appris le monde ; d’un côté comme de l’autre de l’objet livre, je suis et je reste un lecteur du monde.

Nous arrivons ainsi au bout de votre patience et surtout de cette conférence ; elle avait pour titre quelque chose entre « De l’autofiction à la fiction de soi, rassembler ses morceaux », « L’impact politique de la littérature jeunesse » et « Qu’est-ce que l’auteur met-il de lui dans ses livres et si oui pourquoi. » Je me rends compte non sans une certaine fierté que je n’ai répondu à aucune de ces questions, et que si je vous ai appris quelque chose ou donné matière à réflexion, c’est de manière purement fortuite et indépendante de ma volonté.
Oui, on met des morceaux de soi dans des livres, qu’on les écrive, qu’on les lise ou qu’on les utilise de quelque autre façon que ce soit. Et, oui, la littérature a un impact politique, sur la jeunesse comme sur l’âge mûr ;  elle est peut-être une des rares voies qui nous permet de changer de point de vue, de comprendre le monde au lieu de le juger au travers de nos filtres permanents. Quand on m’assène une réponse, quand on m’impose une vision, je me raidis, je m’arc-boute sur mes convictions ; un livre au contraire n’est qu’une question, une question non pas que l’auteur me pose, ni que je  me pose, mais une question qui se pose d’elle-même à nos sens, nos consciences, nos émotions.
En posant comme problématique la question « pourquoi », je me suis condamné sans doute à répondre pour finir « parce que », ou encore « allez savoir ».  Je pensais également conclure par une invitation à boire un coup, ou par une chanson d’Aznavour, mais on me le déconseille dans l’oreillette.
C’est donc sans autre forme de procès que je termine cette conférence, ma toute première, donnée en ce jour sur l’île de la Réunion qui devrait s’en remettre ; et je vous encourage donc à lire, écrire, sentir, explorer la richesse de vos émotions.
Et je voudrais remercier, surtout, toute l’équipe du salon du livre jeunesse de l’océan indien, qui m’a non seulement invité ici et fait découvrir l’île, mais s’occupe chaque jour de notre bien-être d’auteurs, de lecteurs et d’êtres humains ; merci pour ce petit morceau de bonheur en plein cœur de l’océan – Muriel, Marie, Coco, Patrick, toutes et tous les autres, bénévoles, libraires, chauffeurs, merci du fond du cœur. Et pour vous prouver ma reconnaissance, j’ai le regret de vous annoncer que je vais vraiment vous chanter du Aznavour.

Je n’aurais jamais cru qu’on se retrouverait le hasard est curieux il provoque les choses…



Et pour conclure : Clémentine m'avait raconté n'importe quoi, 36000 signes, ça fait 36 minutes et des bananes, parce que 1000 signes = 1 minute en lecture à voix haute. Hop.

28.9.18

1152 bis - Planer

Je prends l'avion demain. Bon, rien de grave, normalement ; ma peur en vol semble avoir diminué ces dernières années (encore que te raconterai un moment de parapente peu glorieux). Il est désormais rare que je me livre à mon exercice favori en l'air - dis, si je meurs maintenant, qu'est-ce que j'ai fait de bien, qu'est-ce que je laisse d'inachevé ?

Hier j'ai retrouvé via les réseaux une amie hypermnésique qui a gardé des mots d'il y a vingt ans. J'ai effacé quelques années de mails, pour décroître ; retrouvé au passage des traces d'amis, d'amours et de projets. Et, plus étonnant encore - les enfants ont fait le repas, à midi et le soir.

Depuis le temps qu'on attendait ça, avec ma douce, on a failli ne pas s'en rendre compte, tant on geekait sur nos écrans. Dans la cuisine, nos deux petits s'agitaient, nous faisaient rire. Ils nous ont servi comme si nous étions leurs ados boudeurs, levant à peine la tête pour grommeler "oh c'est joli". Et c'était bon, en plus.

Toutes ces années où nous leur avons seriné des mots comme autonomie  partager penser à l'autre - et c'est quand on n'y pense plus, justement, que ça arrive.

Si je meurs en avion, je regretterai juste de ne pas avoir le temps de goûter leurs prochains plats. Pour le reste : j'ai fait comme j'ai pu entre amour, peur et désir. Pensez à arroser les plantes et soyez gentils avec vous-mêmes, vous le valez.



26.9.18

1151 bis - Décroître, recommencer

Tu vois, il est possible de revenir en arrière, un tout petit peu. De reconnaître son erreur, de la corriger en passant. Sans faire comme si de rien n'était.

Je ne sais pas comment s'est décalée la comptabilisation de ces posts, mais voilà : selon blogger - et j'ai toutes les raisons de le croire - nous en sommes officiellement au mille cent cinquante et unième texte sur ce blog.

Zoé parle de moi sur le sien ; c'est drôle, de revenir à la ligne, de remonter dans le temps.

De supprimer les images (si je t'expliquais les manips complexes nécessaires pour écrire ici, tu rirais, toi le fan d'Instagraphe et de #rapidité) pour juste raconter -

un oiseau s'est posé sur la branche de l'if - regardé sans y croire le jardin taillé court
j'ai affûté mes lames huilé mes outils allumé le feu à la fumée épaisse
triangle de soleil, l'antenne hérissée vacille et tranche le ciel
l'automne peut venir, mes sauges sont courtes
je trouverai une place pour l'arbre et les rongeurs.

ça pose le décor, non ? Voilà pour le où.

Pour le comment : Milady, avec qui nous avons entrepris une recorrespondance, me raconte sa vie - que te dire de la mienne ?

Le jardin est jaune et ocre, la maison tient le coup, nous y sommes bien - elle est en bois mais le loup est asthmatique.

Les enfants déploient leurs ailes pour aller picorer ailleurs. Mon coeur de père se serre, ça sert à ça, comme quand ils montaient sur les auto-tamponneuses et que je regrettais déjà leur éloignement. Et bien sûr je leur crie dessus et je suis incapable de déployer la patience et la bienveillance dont ils auraient besoin. Si peur d'être un mauvais père et fâché de m'absenter à eux.

Le vent maintenant nettoie les feuilles mortes, déploie les cendres des tiges brûlées.
Le quand :

Sur la page de mon grand carnet une quinzaine de projets affichent leurs couleurs fluo ; beaucoup de graines, combien de plantes ?

Demain ou tout comme, ce sera une île et l'océan - un salon à La Réunion, mazette ! J'espère y trouver le secret d'une plus jolie sérénité. Celle qui permet de se dire qu'aller en arrière, c'est aussi avancer.

Je te laisse donc dans la fraîcheur surprenante d'un matin après la pleine lune ; je fais peau neuve de papier peint, marre des bouquins jaunâtre.

au plaisir de te lire et de penser à toi.

21.9.18

1150 - Chanson d'automne

Combien de temps que tu n'as pas glissé, par une nuit de demi-lune, dans le jardin,
combien de temps qu'à l'écart des dormeurs tu n'as pas écrit la veille du solstice, de l'équinoxe ?

tu ne comptes plus,
plus pour rien,
Combien de temps t'es-tu contraint à mesurer tes paroles,
tes mots, tes titres, un deux trois un deux trois,
à caler un image au centre ou à gauche ou à droite,
Combien de temps t'es-tu, combien de temps t'es-tu tu

J'ai peur, ce soir, j'ai peur à n'en plus dormir, à compter mes terreurs et mes bénédictions,
j'ai peur de ne plus compter, de ne plus écrire,
j'ai peur de voir la terre s'effondrer le ciel nous fondre sur la tête les eaux monter les chars envahir les rues la rage gagner du terrain,
la guerre engendrer la guerre engendrer la guerre engendrer la paix des épuisés

déjà dans le jardin les rats gambadent,
et que puis-je y faire, je refuse de les empoisonner,

je ne peux leur laisser ronger la substance toxique qui de leurs viscères coulera
dans les fleurs
dans le sol
dans les eaux qui s'infiltrent et la pluie qui remonte,
condamnant à l'avance bien plus qu'une portée de surmulots
un écosystème

piégé par mon économie, par mon système, pris à ma propre nasse, enfermé, infirme, finissant.

J'ai peur et j'enrage.

J'avais écrit cette histoire, Arthur et les oiseaux, ce texte sans prétention qui disait "On a sauvé les oiseaux", un passé dans le futur, conditionnel en quelque sorte,
et le texte était beau, le texte allait naître
et soudain - oh tiens non, il y a déjà ici - Le ciel sans les oiseaux.

J'ai souri, magnanime, hasard de l'édition, pas un texte parfait,
mais la nuit mon coeur soudain s'étrangle - pas pour les mots, par pour l'album,
mais pour ce que je dirai à l'Arthur qui m'inspire :

- Non, on ne les a pas sauvés ?

J'ai peur je n'en peux plus de penser la planète à deux doigts de la fin, au rebord du chaos. Ça m'est impossible, je m'y refuse,
je me voile les yeux
je me perds dans le bruit, le travail et le vin,
je me perds dans ce que je projette, j'ai chaud, je climatise,
je somatise en vrac, je ne veux plus sentir

Pourquoi suis-je muet - la frayeur qui m'agite est-elle inaudible ? Se perd-elle dans le fracas des disputes futiles (oh tel polémiste a bien fait son travail en insultant une telle, tel nervi qui rêvait de flingues et de conduites américaines se fait tancer publiquement, trompettes des médias, tambour des instabooks, cliquetweets assourdissants)

ou bien ne sert-elle à rien qu'à remplir les derniers jours ?

mais la Terre, bordel, la Terre s'ouvre, la Terre nous vomit, la Terre se gratte de nos excès, s'enflamme de notre prolifération, de notre insatiable, la Terre tempête de nous supporter,

La pyramide de Maslow, la pyramide de misère, besoin, toujours besoin, besoin d'en avoir plus, de produire reproduire surproduire et détruire
pour éloigner la nuit et les vieilles terreurs

besoin de brandir haut, de tremper tromper trumper défaire,
d'agir et de gicler, de secouer
besoin d'être violent
de détruire à moi seul le bien commun

Ô reconnaître que tout ça m'appartient
me découvrir incapable
de tout arrêter
de m'arrêter
d'arrêter

demain, demain j'

Alors, quoi faire ? Désespérer ?

Ou alors écrire.
Écrire l'avenir.
Clamer le récit de la planète que nous avons sauvée. Raconter nos échecs et nos crises, nos erreurs, le passé. Raconter l'avenir, tisser les lendemains,
l'équilibre,
convaincre par la légende
rallier par la beauté.

J'aimerais bien, tu sais, te raconter
la prise de conscience, le prix de la vie
comment les hommes ont appris à écouter
aux portes de leurs rêves
comment soudain, juste au bord de l'abîme,
ils se sont arrêtés,
se sont regardés mains tremblantes
se sont souvenus des enfants, des chemins dans les plantes
des oiseaux, du silence

d'un soir d'été il y a longtemps

ont respiré
se sont souri
ont reculé d'un pas, puis d'un autre
ont cessé de croire pour décroître
pour décoller

quelqu'un lança une plaisanterie, et tous rirent de ces rires qui fêtent la fin des guerres, de ces rires aux larmes gaies

et quand ils eurent franchi l'abîme d'un coup d'aile,

quand ils eurent compris
qu'ils n'étaient pas le monde, qu'ils en étaient la fin

ils partirent se reposer et se souvinrent

du jour où ils avaient failli devenir fou
et des histoires qui les sauvèrent.


La lune est calme. Une voiture passe sur l'avenue. Un moustique tète la chaleur de la lampe.
Je vais dormir. Je vais rêver.
Je me lèverai à l'automne
pour le fêter.

19.9.18

1153 - Ne pas en parler

1) Puisque plus personne ne lis ces pages, 

elles me servent de défouloir. Mais je te rassure, je ne te parlerai pas de la surprenante tempête d'émotions contradictoires dans laquelle me plonge cette rentrée littéraire - j'aurais dû me douter, après mes années de prof, qu'une rentrée ne me ferait pas forcément de bien (et à ce sujet, sais-tu qu'en anglais, le terme de "rentrée" est compliqué à traduire, parce qu'il n'existe pas de concept équivalent - "moment où le retour des enfants à l'école conditionne la perception de l'organisation du temps annuel" - hop on s'en fout fermons la parenthèse).

Bref, il faudrait un mot pour "sentiment d'injustice devant la réussite des autres, qu'elle soit ou non méritée, mêlé à la tendance à minorer, voire mépriser, ses propres succès". Je propose rentrisme, ou caussitude.
Exemple : " J'ai appris hier soir qu'Oublier mon père faisait partie de la sélection Révélations 2018 de la SGDL. Et comme j'étais en plein rentrisme, j'ai pensé 'ah bin oui, forcément, c'est parce que je paie ma cotisation' "

Mais rassure-toi, ça se soigne - dans un premier temps par le mettage de doigt sur le problème. Et aussi par des exercices de gratitude, pour tenter de garder le bon sans se préoccuper du moins bon.

Sans parler, bien sûr, des obscures divinités qu'on peut appeler à la rescousse. Là, on touche à l'intime - j'ai dû te dire que, petit, j'avais peur des mots amour, dieu et sexe, qui me paraissaient tabous.
Je n'ai sans doute pas beaucoup grandi.

Et pourtant, j'ai cette anecdote. Elle aussi un peu honteuse, un peu difficile à assumer.

Nageant dans le Cognac

2) Une anecdote musicale

C'est Anton mon grand fils qui m'y a fait penser pendant les vendanges. Je versais le raisin dans le pressoir et il m'a dit je vais voir Papy.
J'ai eu envie de pleurer. Je n'avais pas pensé à le faire.
Papa est toujours là-bas, près des pins parasols et du pont romain, face à l'os dénudé du rocher de Vingrau.
À côté de sa tombe, il y a le lit de gravier sous lequel repose un type solitaire que j'ai peut-être connu. Les chats viennent y caguer avec conscience. Le trophée de cycliste déposé par ma grand-mère est encore caché derrière le caveau, on le trouve abominable.
J'ai fini de presser le raisin, goûté le trop sucré qui en coule, collant, presque addictif. Anton est revenu les yeux rougis. J'ai grommelé un truc - je n'arrive toujours pas à lui exprimer la tendresse et la peur immense d'avoir gâché son enfance qui bloquent ma poitrine chaque fois que je le vois.
Et je suis allé voir mon père.
Alors bien sûr, j'ai pleuré un tout petit peu. Bien sûr, je lui ai parlé. J'ai regardé Vingrau, les vignes dans la plaine, le ciel trop bleu pour un cimetière. Je lui ai dit Papa je suis perdu.
Je pars du principe qu'il sait toujours où j'en suis, ce que je sens. Peut-être mieux que moi-même. Je pars du principe qu'il connaît les craintes qui m'agitent sur l'avenir du monde, sur la survie de la planète, sur la vérité de l'amour, surtout complexe.
Mais il ne m'a rien dit.
J'ai chanté à son enterrement Il y aura d'autres étés de Claude Roy et parfois je me dis qu'il n'y aura plus d'autres automnes.
Papa aimait la chanson française, je crois. Il n'en écoutait pas souvent, mais une fois ou deux il m'a surpris en attirant mon attention sur des chanteurs - Bertrand Betsch, par exemple.
J'ai attendu encore un peu. J'ai regardé passer les nuages. Je lui ai demandé si les nouveaux voisins ne le dérangeaient pas - on refait le cimetière du village.
Mais il ne m'a pas répondu.
Je suis reparti avec dans la gorge des chansons nouées, des mots pesants de ne plus trouver d'écho.
Anton a conduit sur l'autoroute du retour. Il a tellement grandi. Je regardais mon téléphone.

La tristesse collante m'est restée tout le soir, au point que, pour ne pas m'endormir avec elle, je me suis allongé immobile, à écouter la radio dans le salon. Je n'avais pas fait ça depuis l'époque de ma plus grande solitude.
J'avoue avoir pensé en cet instant que la mort est définitive.

Et puis la radio a passé ce titre - je ne l'avais jamais entendu, mais j'ai reconnu la voix de Bertrand Belin. Ce titre qui disait, en substance, Je suis ton papounet, je n'ai pas de réponse, juste l'amour que j'ai pour toi, et mon admiration, mon garçon.

C'était tout simple. Sans magie aucune.
Juste les mots que j'avais besoin d'entendre.
Je me suis dit que mon père, tout de même, était un sacré bonhomme, de savoir commander les ondes à distance après sa mort.

Prudent tout de même, j'ai préféré garder ça pour moi (à part les deux larmes d'hommage qui m'ont échappé sur le moment) et ne pas chercher tout de suite à réentendre ce morceau de Bertrand Belin.

Jusqu'à ce matin où, émotions un peu digérées, j'ai eu envie de confier ça à cette page.

Pour m'apercevoir qu'il n'existe pas de chanson de Bertrand Belin intitulée Papounet.


3) En guise de PS

Bon, plus personne ne lit les blogs ; mais si tu tombes ici par hasard, et que tu peux me dire de quelle chanson je parle, quel est ce chanteur que j'ai pu confondre avec Bertrand Belin... J'écouterais bien à nouveau cette chanson, quitte à la faire écouter à Anton et Zadig.

4) En guise de PPS

Bénie soit l'informatique qui laisse des traces : j'ai trouvé de quel titre il s'agissait. Alexis HK, pas Bertrand Belin (oué, pardon les garçons, j'ai aussi peur de vous confondre que de préférer l'un à l'autre) ; et la chanson s'appelle probablement "Salut mon grand", à paraître le 5 octobre sur l'album Comme un ours.










28.8.18

1152. Date anniversaire

1. Il brode encore


Sept mois que je ne suis pas venu fréquenter ces colonnes (à part pour un article mort-né sur le statut d'auteur).

Ne va pas t'imaginer pour autant qu'il ne se passe rien. Il se passe des choses. J'en suis sûr. On me l'a dit. Je l'espère. Il me semble.

L'hiver fut plutôt doux, le printemps agité ; l'été, qui se meurt (une excellente blague à placer en société, d'ailleurs), difficile à suivre, entre dernières colères et découverte d'une nouvelle fierté paternelle, espoir et inquiétudes quand il s'agit d'apprendre à être bien. Bref, rien de nouveau sous le.

2. La rentrée littéraire

J'ai dû il me semble te raconter les étapes habituelles de l'apparition d'un livre : l'idée géniale qui abolira toute littérature, le travail qui parfois par miracle ne révèle pas que l'idée en question était une énorme bouse, le maigre butin arraché au silence et qui devient ce que tu espères être un livre ; l'éditeur, ensuite, qui te confirme dans cette impression ; la traversée sans voile d'une mer d'ennui pour faire de ton manuscrit un truc éventuellement lisible par d'autres que ta grand-mère et ta compagne ; la danse de joie, enfin, quand tu reçois une pile d'objets constitués de colle, d'encre et de papier, et qui est ton roman.

Cette année s'y ajoute l'étape de la rentrée littéraire. Ça me rappelle quand j'emmenais Anton et Zadig à l'école, la première fois. L'arrachement dans le ventre. La peur que les autres les prennent en grippe, leur fassent du mal, les empêchent d'être eux-mêmes. L'envie, aussi, sans doute égoïste, qu'ils s'épanouissent et deviennent le centre d'intérêt de tous. Qu'on les admire, qu'on parle d'eux. Qu'ils deviennent premiers de la classe.

Tu l'as compris, Oublier mon père est sorti il y a quelques jours. Celles et ceux qui l'ont lu l'ont aimé et, mieux que ça, m'ont parlé de leur difficulté à le lâcher une fois commencé. C'est pour moi la condition essentielle d'un bon livre, et le plus beau compliment qu'on puisse me faire.

Et maintenant, il y a six cents et quelques autres bons livres ; sur d'autres sujets, avec d'autres auteurs, d'autres écritures. D'autres réseaux, aussi. Bref, mon petit dernier, avec sa couverture magnifique, est tombé dans une classe de caïds.

Il est même imaginable que je puisse un jour lire certains de ses petits camarades ; pour l'instant, pas question. Je scrute inlassablement les sites de critique, je guette mon nom dans l'actualité de M. Google, j'établis quelques autels furtifs à des divinités plus ou moins littéraires et reconnues. Le silence ronge mes rebords, les louanges pour les autres éveillent en moi une aigreur fort inconvenante.

Et j'essaie, donc, de ne garder que le bon, de relativiser, de penser à la suite. Même quand dedans ça s'agite pas mal.

Sinon, et pour clore le sujet : si tu lis et que tu aimes, n'hésite pas à publier ton opinion, il paraît que c'est vital. Et surtout, il faut que je te dise (et me le dise, aussi) : je suis content de ce bouquin-là.


3. Le conseil gratuit pour parler d'autre chose

Ayant peu la tête aux livres en ce moment, je regarde du cinéma à la télévision ; et vu que j'en avais un peu marre des séries sur-mesure de Netfix, des films à gros budget de BanalPlus et des vieilles nouveautés prétentieuses d'Oh C'est Surfait, je me suis par hasard ou presque branché sur mubi, qui présente l'avantage de proposer des films que je n'ai pas vus, que je ne serais pas allé voir, que je n'aurais pas forcément choisis... et qui pour l'instant me scotchent à 100%.

Té voilà c'était de la pub gratuite, ça fait toujours un peu de.


4. Et tant qu'à faire de la réclame

Là, on est bien d'accord, il n'y a pas de conflit d'intérêt avec le RRRRoman AAAAdulte : c'est le traducteur en litté jeunesse qui parle.

Et, donc, j'ai humblement traduit un texte un peu connu pour un éditeur copain que j'adore.