6.3.08

Changer de sexe ?

C'est un genre de concours qui tourne sur le net... l'origine semble être là.
J'en profite pour caler un petit texte, même si personne ne m'a rien demandé.




Mon Amour,

Ce soir, en rentrant, tu as posé distraitement tes lèvres sur les miennes. Distraitement, encore, tu as embrassé les enfants, que j’avais lavés et couchés. Ils t’attendaient pour une histoire ; mais tu avais eu une dure journée, et, vraiment, tu n’avais pas envie.

Juste avant que tu rentres, j’avais recoiffé mes cheveux et remis un soupçon de parfum. Coquetterie inutile : tu ne m’as pas pris dans tes bras. Je crois même que ton regard ne s’est pas posé sur moi une seconde.

Et tu n’as rien remarqué. La maison rangée, nettoyée de fond en comble, sols, vitres, linge et vaisselle ? Normal. Les factures payées, les lettres envoyées, les coups de fils importants passés ? Tu n’as même rien demandé – après tout, c’est toujours moi qui m’en occupe, tu me fais confiance !

J’avais téléphoné à Maman, juste pour qu’elle me donne le secret de ses tomates farcies, celles que tu aimes tellement. Tu les as englouties sans rien dire. Un petit grognement, un hochement de tête, voilà ma seule récompense.

Puis nous avons échangé quelques mots stupides et banals, et nous avons fini la soirée devant un film qui ne nous intéressait pas. Quand nous sommes finalement montés nous coucher, j’espérais encore… un peu de tendresse. Mais non, souviens-toi : tu avais « mal à la tête ».

Il y a à peine un ou deux ans, nous aurions ri ensemble de ce cliché. Hier soir, nous nous sommes tournés chacun de notre côté, et nous nous sommes endormis.

C’est vrai, je suis ridicule. On se partage les tâches, non ? A toi le travail important et bien payé, à moi le petit boulot et la maison à tenir. C’est ainsi qu’on a décidé de faire, c’est notre quotidien. C’est notre vie.

Eh bien non. Je refuse. J’en ai assez.

Assez que tu ne me regardes plus. Assez que notre mariage ressemble à une caricature. Assez que tu prennes mes efforts comme allant de soi. Tu crois vraiment que c’est naturel, héréditaire, de savoir tenir une maison ?

Demain soir, quand tu rentreras, tu trouveras les gosses courant dans une maison sale. Vous mangerez ce que tu sauras leur préparer, et tu les mettras au lit toi-même. Moi, j’aurai enlevé mon tablier, et je vous laisserai ensemble. Je m’offrirai une soirée rien qu’à moi, à réfléchir sur la vie, sur toi, sur nous. Sur le bonheur et sur l’amour.

Je refuse que nous soyons réduits à ces rôles pitoyables. Je veux que tu y penses. Je ne suis pas l’esclave de la maison.

Je suis un homme, je suis ton mari.

Ton

Paul

15 commentaires:

Zoridae a dit…

Excellent ! Merci de ta superbe participation qui en plus fait réfléchir :))

Jusqu'au bout j'ai cru que tu ne savais pas accorder les participes passés... parce que tu avais du mal à te mettre dans la peau d'une femme...

Pourtant je suis un peu féministe sur les bords mais les préjugés ont la vie dure :)

Zoridae a dit…

Zut, j'ai oublié de cocher le suivi de commentaires...

Ellie a dit…

Oui, ils existent, les hommes au foyer ^^

Bravo, c'est bien torché !

Anonyme a dit…

Moi je me rappele l'avoir déja lu c'luila.

Oh!91 a dit…

Là, t'es non seulement dans le concours, mais c'est un beau texte pour la journée de la femme. Bravo

Manu Causse - Plisson a dit…

Merde, c'est la journée de la femme ? Faut que je me refasse les ongles, alors. Et sinon, je m'ai fait pesquer à faire du copier-coller, mais j'ai une excuse : je l'aime bien, ce texte, c'est le premier truc que j'ai eu publié. Et pis ça allait bien sur le thème, faut pas m'en vouloir.
Bonne journée, les femmes.
Et les hommes aussi (mais seulement à votre côté féminin)

Zoridae a dit…

C'est pas demain la journée de la femme ?

Dorham a dit…

Je ne veux pas faire mon féministe de pacotille mais je crois que les plus militantes tiennent à ce qu'on parle de la journée des femmes, mais ne soyons pas si tatillon...

Joli texte. Peut-être un peu court. Du coup ça se renverse brutalement, mais sans l'explosion qui va avec. C'est néanmoins un mini, mini bémol ;

Zoridae a dit…

Si tu veux faire un nouveau jeu, il y a aussi les tortues de mer, c'est
! M'étonnerait que tu aies un vieux texte...

Manu Causse - Plisson a dit…

ayé, pour les tortues...

Fiso a dit…

Très bien, je ne m'attendais pas à cette fin bien sûr !

yelka a dit…

Bien écrit, la fin est toute juste et pousse à la réflexion...
bravo ! (même si c'est un vieux texte ^^)

Marie-Georges Profonde a dit…

Idem que Zoridae, je me préparais à te souffler un accord du participe passé au féminin, hi hi! Très chouette texte, compliments ! Je vais le conseiller à quelques copines (à qui ta lettre m'a tout de suite fait penser)...

Plume a dit…

Je commençais à trouver le fil un peu cliché et fade quand le souffle m'a été coupé (a bien y réfléchir le "mal à tête" au coucher aurait du me mettre sur la voie c'est une rancune très masculine)

mtislav a dit…

Je trouve que c'est très subtil ainsi que les commentaires qui précèdent. Bravo à l'auteur comme les autres très bons auteurs !