2.4.10

852 - Friday quand même


1) Je me souviens
Je me souviens que je suis mort, à 15h40 précises, un après-midi de juillet dans une chambre jaune. L'hôtel était écrasé de canicule et de vapeurs climatisées, et les astres, comme le chant dans ma tête, m'avaient annoncé la date. Je souriais. J'ai appelé deux amies, pour qu'elles me bénissent ; un concert d'Antony & the Johnsons passait à la télé. J'entendais des phrases en allemand par la fenêtre.
Je me suis allongé sur le lit, et j'ai fermé les yeux. J'essayais de me repaître une dernière fois de mon corps.
Il n'y avait aucune raison valable pour mon décès : j'allais, je le savais, simplement arrêter de vivre. Comme ça, parce que c'était écrit. Il n'y aurait pas de douleur ; juste, peut-être, de la peine pour ceux qui me chercheraient (j'étais très seul ce jour-là, à des kilomètres de ceux qui d'habitude encadraient ma vie). Moi, j'irais m'asseoir avec les anges - sans doute que je resterais là un instant, flottant et souriant.
Je me sentais brûler de fièvre. Je voulais, j'espérais, perdre la notion du temps - mettre un terme, enfin, à toute cette attente.
A 15h42, j'ai consulté ma montre. J'étais mort, sans aucun doute - mais cela ne faisait aucune différence. J'ai attendu encore un peu, des fois que les astres, des fois que le décalage horaire. Puis j'ai fini par comprendre que, cette fois-ci.
Je suis sorti de la chambre et j'ai pris ma voiture. Je me suis éloigné de la ville et de l'hôtel. Après quelques kilomètres, je me suis arrêté au bord d'une rivière. Je me suis dévêtu, et j'ai nagé, vers l'autre rive.
Au milieu de la traversée, un rayon de soleil est venu frapper ma tête, et la surface, et éclairer les rochers, au fond.
J'ai crié dans l'eau.
Puis j'ai fait demi-tour, et je me suis séché.

2) You like it baroque ?
Pas vraiment une blague de la semaine : pointé par Emmanuelle, sur une affiche, "Semaine du cerveau, du 5 au 21 avril".
C'est vrai que ça commence bien.

3) Friday wear quand même
Piquée par Julien, dans le roman de Nick Cave (je cite de mémoire) : c'est l'histoire d'un type qui dit à sa petite amie "J'aimerais que tu te mettes à quatre pattes pour que je te prenne par derrière" ; elle répond "Je trouve ça un peu pervers". Et lui rétorque "C'est un mot bien compliqué, pour une petite fille de six ans".
Comment ça, bad taste ?

2 commentaires:

Fa a dit…

Qu'il est bon de mourir à soi-même.
En tout cas, moi j'ai aimé. Mais je ne me souviens pas m'être baigné juste après...
Peut-être n'avais-je tout simplement pas emporté mon maillot dans ma tombe. Va savoir...

Manu Causse a dit…

Notons-le donc : ne jamais mourir sans son maillot de bain - ce serait pour le moins inconséquent.