28.7.07

Dilemme

Alors, que vous raconter ? Le plus heureux, le plus doux ? Les souvenirs très sympas de notre semaine "traversons la France à la poursuite de l'impossible promo" ? Ou le plus frais, le plus ça-c'est-du-vécu-coco, ce qui trouble nos jours et nos nuits, nos petites angoisses et nos déprimettes de rien du tout ?

Non, parce que faudrait pas croire qu'amoureux, c'est une mince affaire. Pour moi, c'est plus ou moins une maladie, d'ailleurs. Je m'en ouvre souvent à Princesse, que ça agace. Quand je lui dis que je préfère penser à un amour absolu, éternel, à une force qui va bien au-delà de deux petites poupées de chairs et de rêves qui s'agitent dans une réalité transitoire, elle hausse les épaules.

Elle me dit qu'elle n'est que de passage (et de repassage, certains soirs). Qu'elle pense qu'elle doit s'éloigner de moi.

C'est du sérieux, l'actu, hein, coco ?

Bon, faut dire, j'avais oublié une précision d'importance : Princesse et moi-même sommes en train de terminer notre devoir de vacances, à savoir arrêter de fumer. Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois qu'on entreprend de le faire, pendant quelques jours, on rit moins, on se fustige, on s'angoisse.

Peut-être même que ça a un rapport avec le manque de nicotine, va savoir... en attendant, on est quand même mieux sans, donc on va attendre que nos humeurs retournent au mode "normal" avant d'explorer plus loin les inquiétudes qui nous assaillent (enfin, qui assaillent Princesse, moi, je ne fais rien qu'à dormir, imaginez comme c'est agréable pour elle...).

Bon, alors dans les notes que j'ai prises, et dans l'actualité moins perturbée, il faut que je vous parle des salons, des drôles de dames, de Laurent Madiot et du thé du matin.

Les salons d'abord : de La Fouillade à La Bastide-de-Sérou et de Pampelonne à Carqueiranne, le "salon du livre" se marie bien avec l'été.
On y trouve en vrac des auteurs qui discutent et boivent, des organisateurs qui courent et sourient, des lecteurs qui prudemment vadrouillent de stand en stand, parfois pour rien, parfois pour un regard furtif, parfois pour une signature...
On y parle, essentiellement. On s'y raconte, on s'y rencontre, on y échange.
Parfois je me dis qu'en nos époques de communication automatisée de masse, le jeu n'en vaut pas la chandelle ; que trois minutes de télé ou une bannière publicitaire sur Internet feraient davantage pour la promotion des auteurs (parfois aussi, je me dis que tous ces livres ne servent à rien, mais c'est une pensée de nicotinodépendant qui se soigne).
Mais il y a autre chose dans les salons. Autre chose comme jouer de la guitare avec Jean-Yves Mitton et parler avec Sandrine Revel et sa gracieuse coloriste, imaginer une scénario pour le dessinateur Daf (hé bin, c'est quand qu'il me rappelle ?) se faire offrir un tripou dès le matin, rencontrer le créateur de Rahan, et faire un bout de chemin avec Eric Hérenguel... Ca en fait, des liens, tout ça - et encore, il en manque.
Et ça, c'était avant que Princesse ne m'entraîne jusqu'à Carqueiranne...

Mais je n'en peux déjà plus de taper. Je laisse le clavier à Princesse (qui ne veut plus que je l'appelle comme ça, d'ailleurs...)

On va laisser Princesse, sinon ça risque de perturber tes lecteurs, et puis je viens de décider qu'à mon âge, il était temps d'arrêter les caprices, en plus de la cigarette.
Carqueiranne...
Non, d'abord je reviens sur ce que tu dis un peu plus haut. Quand je hausse les épaules. J'ai vraiment fait ça, moi? Une chose aussi mesquine? Alors que tu parlais d'absolu? Non, en vrai, l'absolu, j'y crois. Sauf que j'aime bien l'idée qu'il puisse exister dans nos petites réalités transitoires, et que ça me plaît d'en semer partout, jour après jour si possible, et sans pour autant prétendre que "jamais" ou "toujours" (je sais d'où je viens, et je ne sais pas exactement où je vais). Et je n'arrive pas à penser que l'amour est une maladie.
...évidemment, au vu de ce que je te fais subir de navrants états d'âme et de coeur ces jours-ci, il y a de quoi se poser la question. Mais enfin, ça va aller, tout ça. Moi, toi, et nous deux si l'absolu veut bien de nous pendant quelque temps encore (Dis, M'sieur l'Absolu, tu me ferais pas une petite rallonge?).
N'empêche, côté poumons, ça va mieux. Et ça augure plutôt bien de la suite, vu que, si vous vous souvenez bien, it's all about breathing...

Et alors Carqueiranne, n'oublions pas Carqueiranne.
Petite station balnéaire située entre Toulon et Hyères...
Non, je ne peux tout de même pas le raconter comme ça.
D'abord, on ne dit pas "Carqueiranne" ; on commence plutôt par évoquer Plumes d'Azur, une association littéraire varoise qui, cette année, organisait pour la deuxième fois la Nuitée littéraire : des auteurs sous les étoiles. Soixante-deux pour être précise. Dont vos serviteurs (mais ne comptez pas sur moi pour le repassage, de ce côté mon programme est déjà chargé), qu'on a cueillis à l'heure du déjeuner à la gare de Toulon, en décapotable s'il vous plaît, et transportés le long de la corniche jusqu'au village, puis déposés à leur hôtel, où ils ont investi leur chambre-avec-terrasse-et-vue-sur-la-mer. Ils étaient ravis, les auteurs. Ils ont fait l'amour et
(je barre, parce que Manu ne voudrait pas que ça se sache, et d'ailleurs si ça se trouve ce n'est pas vrai, mais je trouve que ça ajoutait au romantisme paradisiaque de la situation, il faut bien faire rêver le lecteur) la sieste, nagé dans la vraie mer, celle avec du sel et des galets au fond, bu une bière en terrasse en faisant connaissance avec Ludovic, le caméraman du salon, et puis, comme dit Manu, on a retrouvé les trois drôles de dames : Nicole, Judith et Janine, les adorables organisatrices du salon. Ensuite, ces deux auteurs ont rejoint les soixante autres sur la place de la ville où le buffet était ouvert et généreux, avant de rejoindre leur table, quelques marches plus bas.

Alors, les tables. Elles méritent une description. Non, parce que, ce n'est pas que j'écume les salons à ce point, mais tout de même, j'en ai fréquentés quelques-uns, et c'était la première fois que je voyais ça. Outre l'accueil évoqué précédemment, il y avait ces tables.
A première vue, le point noir, c'était la nappe blanche : une grande nappe sans tache (ou alors immaculée), bien repassée (c'est le thème - t'aime du post), 100% coton (j'avoue que je n'ai pas trouvé l'étiquette, mais Madame Suzanne m'a assurée que c'en était, et du beau, de la qualité, pas comme celui qu'on trouve maintenant dans les boutiques où c'est que les Chinois ils travaillent dans la cave). Et alors, me direz-vous, c'est agréable, une belle nappe comme ça, pour mettre en valeur les livres et les mains de l'auteur? Oui, je ne dis pas. Mais voilà : on ne peut pas écrire dessus. Or, les deux auteurs en question en avait fait une habitude lors de précédents salons.
Bref, on a sorti les carnets à la place.
Et (je poursuis la description de la table), sur la gauche, des bouteilles, des verres, des bonnes choses à manger. Chacun des soixante-deux auteurs présents avait de quoi attirer le lecteur, le retenir, tailler le bout de gras (j'exagère, elle n'était pas grasse, la pizza) avec lui et, qui sait, le soûler suffisamment pour qu'il lui achète son stock de livres. Non madame, vous ne verrez pas ça chez tout le monde!
...Tout ça pour dire qu'ils savent recevoir, à Carqueiranne. En plus de ça, nous sommes passés à la télé. Tous les soixante-deux. Une journaliste est venue nous interviewer et, cadrés par Ludovic, nous avons vu nos têtes d'auteurs défiler sur l'écran géant installé sur la place.
Nous avons discuté avec des gens, qui nous ont acheté nos livres. Ou pas. Mais c'était sympa, d'un bout à l'autre. Nous avons découvert des écrivains comme Jean-Pierre Thiercelin, auteur de théâtre et comédien, Serge Casoetto, Daniel Thouvenot... et plein d'autres (Manu, tu peux compléter la liste?)!
Belle ambiance sous les étoiles, donc. Vers minuit, quand les visiteurs se sont faits plus rares (malédiction des feux d'artifice!), les jeunes gens en veste blanche et noeud pap noir qui veillaient au réapprovisionnement des tables sont venus apporter le champagne... Des bulles sous les étoiles.
Après (je fais vite, parce que Manu, à force de récurer la cuisine, vient de passer le poing à travers la cloison, ce jeune homme est très entier, attends, j'arrive, je viens t'aider), il y a eu bain de minuit, dormage, petit-déj en terrasse en regardant passer les grands voiliers (bon, ils étaient trop loin, mais le coeur, à défaut des yeux, y était), re-plage, périple en arrière-pays pour rejoindre le beau restaurant de Nicole où nous avons dégusté les petits plats du coin, les petits vins du coin, avant de retourner à la gare de Toulon, toujours en décapotable, merci Janine.
Alors pour tout cela, un grand merci à Plume d'azur, et tout particulièrement aux drôles de dames, qui n'ont pas leur pareil pour l'accueil, et qui savent comme personne refaire le monde à quatre heures du matin sur les terrasses désertes des hôtels. Avec des bulles et des étoiles. On les embrasse, et à très bientôt.

Et puis il y a eu Paris. C'était le lendemain.
(moi, j'ai eu droit à 2 mn de pause pendant le récurage de cuisine, alors j'en profite pour continuer le récit).
En parisienne accomplie, Princesse me guidait par la main, en me disant de faire attention à ne pas tout crotter avec mes sabots de paysan ; moi, bavant légèrement, je répétais sur un ton rêveux et solennel, Macarel, que c'est grrrand...
Parce qu'il faut que je vous explique : à un niveau de la réalité (mais je m'y perds un peu), je suis moi-même parisien. Je suis né vers là-bas. Mais, tout petit, j'ai été enlevé par une tribu de bohémiens qui m'ont entraîné dans le Sud-Ouest, m'ont forcé à boire des aligots en mangeant des ricards, le tout avec un accent épouvantable.
Et je suis devenu comme eux, alors que j'avais, de par ma naissance, le droit et le privilège de :
- passer des heures dans le RER entre stress et hébétude de masse,
- contempler la beauté de ciment et de béton du périph'
- humer le gaz d'échappements des taxis en maraude,
-etc.
Mais non. J'ai respiré l'air du causse, regardé les plaques de calcaire affleurer entre les herbes hautes et appris à vivre au rythme du vent.
Comment j'ai honte de cette vie gâchée...
Alors à chaque fois qu'un parisien s'émerveille sur la beauté de mon accent (ah ça sent le ricard... vous êtes marseillais ? Il y a du soleil dans votre accent... vous êtes du sud, non ?), je serre les mâchoires, blême, pour ne pas lui révéler les secrets de ma destinée.
Pour ne pas lui dire, je suis comme toi, mon semblable (en rachitique), mon frère (qui parle pointu).

Bon, bref, je ne m'étais jamais senti très à l'aise à Paris.
Mais Princesse m'a pris sous son bras et a levé la malédiction : j'y ai passé des moments superbes, rencontré Yann L'imposteur (c'est comme ça qu'il se fait appeler, mais c'est un vrai auteur, on en a des preuves), attendu patiemment dans un studio parisien...

Ah oui mais non. Là, c'est un truc que je ne peux pas raconter. D'abord, parce que je ne le vivais qu'en témoin ; et puis à cause de ces histoires d'anonymat.

Bon, alors, comment dire ça ? Je n'étais pas seul à Paris.

J'étais avec Princesse, vous avez suivi ; mais il y avait aussi (parce que j'aime bien faire ça à plusieurs) une auteur- très- célèbre-de-chez-Lattès qui allait faire une interview radio, et que j'ai couverte de baisers et d'attention pour que ça se passe le mieux possible. Sauf que voilà, impossible de révéler son nom d'auteur-très-célèbre-de-chez-Robert Laffont-qui-est-passée-mercredi soir à 20 heures-sur-Inter.

Ca y est, je me suis perdu dans mon histoire. J'appelle Princesse à l'aide.

(- Docteur, on a besoin de vous au blog!
- Ok, je finis mon placard, je mets les éponges neuves au coffre, je me passe les mains à l'hémophile indien (manu avait une autre version mais je ne peux pas la révéler à cause de la sensibilité des lecteurs et de ma réputation d'auteur-de-chez-Fayard)
Oui, alors on est allés tous deux chez M. et Mme France Inter en passant par les quais, et on a joué à Bodyguard, Manu tirait sur les passants menaçants tandis que je chantais à m'en déchirer les poumons, c'était marrant, et même' qu'on n'a pas eu le droit de monter dans le RER vide avant qu'il ne soit vide, ce qui a donné lieu à une belle réflexion sur les paradoxes parisiens, mais on parle, on parle, et voilà que c'est là qu'on descend.
A la radio, ils m'ont enfermée dans une cage en verre et de l'autre côté des gens avec plein d'appareils bizarres me regardaient, et à un moment ils ont dit qu'ils allaient faire des essais sur moi et j'ai eu peur j'ai tapé sur la vitre en collant mon nez dessus et en criant Manu, viens me chercher, mais tu n'entendais pas et tu continuais de me sourire en faisant coucou tout va bien se passer, et j'ai pensé Tu quoque, Manu, et j'ai voulu mettre fin à mes jours en me pendant aux fils des micros, et puis on m'a dit "c'est juste des essais de voix, faut vous calmer, un peu", et alors l'interview a commencé, et j'en ai appris de belles sur le chien de Tintin.
Et on a réussi à faire passer un morceau de la Teigne.
La révolution est en marche, moi je vous le dis.
Et alors, après (on dirait le compte-rendu d'un après-midi au zoo fait par un enfant de cinq ans...) on est allé au concert de Laurent Madiot (manu, où tu as rangé le lien? ...ah, tu l'as mis à tremper. OK, mais pas trop longtemps, après ça rétrécit) au Limonaire (ça, c'est donc la suite de la phrase), un bar-restau très sympa et comble ce soir-là. Un magnifique concert acoustique où Laurent, très bien accompagné par ses deux acolytes, a ravi nos tympans (c'est bon, maintenant, Laurent, tu nous les rends) et nous a donné une leçon de perfection musicale et scénique que je ne suis pas près d'oublier (Manu non plus, mais là, il ne peut pas vous le dire en personne, il passe l'aspirateur). C'est de la nouvelle chanson française, comme il dit en se moquant (Laurent semble être assez moqueur en général, ce qui, sans doute, ajoute à son talent), la voix est belle, la musique est belle, les paroles sont belles, et l'ensemble est beau. Et drôle. Et émouvant.
je vous laisse vous débrouiller pour trouver où acheter son album.
Et pis alors (4 ans, mais c'est parce qu'il se fait tard, je régresse) on est allés attendre un taxi qui, ne sachant pas où nous allions et nous non plus, a refusé de nous prendre à son bord. Enfin si, pas plus de 30 secondes, le temps pour lui de voir que nous n'étions pas faits l'un pour les autres, et pour moi de perdre mon téléphone portable.
En rentrant par un autre taxi chez les amis qui avaient la bonté de nous héberger, comme il nous restait un peu de temps, nous avons tenté de pénétrer par effraction chez des gens. Bon, en fait non, je me suis trompée d'immeuble, mais j'implore la clémence du jury : la clé rentrait!
J'ai faim, il y a encore des choses à raconter, là, ou je peux arrêter?
(Et puis j'ai les vapeurs de Monsieur Propre qui me montent à la tête, et les doigts qui commencent à tomber à cause de l'eau de Javel, le ménage avec toi est vraiment une expérience extrême, sweet boy... chut, taisez-vous, les lecteurs, il chante. C'est beau, vous pouvez pas imaginer, en plus il a retrouvé sa voix...)

Comment ça, j'ai retrouvé ma voix ? Non, non et non, je t'assure : je ne chante bien que quand j'ai fumé du tabac ou du canabols, ou bu trop de vin, ou que je suis ému. Donc, comme là je suis à sec/jeun/crû etc., il est impossible que je chante bien, CQFD. Ou alors il faudrait reprendre les prémices (ceux avec un c ou celles avec deux s ?) du raisonnement.

Donc, on disait quoi, avant de digresser ?
Ah oui, Laurent et ses textes, sa présence scénique, ses musiciens géniaux... à te dégoûter de chanter, moi, je te le dis. Si le disque 'excellent par ailleurs) avait la même puissance évocatrice que ce qu'ils font voir en scène, on entendrait beaucoup plus parler de Laurent (et du coup, il nous snoberait et ne nous parlerait plus, comme quoi c'est un moindre mal), voilà ce que j'en dis, madame.

Bon, ça y est, on l'a raconté, notre semaine ? Oui, on dirait. On n'a pas raconté toutes nos histoires d'angoisses et d'inquiétude, ni révélé le terrible secret qui pèse sur ton anonymat d'auteur-de-chez-Seuil, mais à mon avis, si je le laisse comme ça à la fin, ça fait suspens et tout le monde (oui, eux deux) va revenir demain.

Ah-aaaaah...

1 commentaire:

M. Leclerc a dit…

L'imposteur, les bodyguards et même madame Suzie vous embrassent. Forcément, il doit y avoir des millions d'autres références dans ce texte à quatre mains...
C'est pas beau de frustrer son lectorat comme ça !!